couverture de APESANTEURS
128 pages - 17,00 €
Lignes-Vertigo

APESANTEURS

Revue Vertigo n°42

+ Dossier F.J. Ossang

Ce n’est plus seulement un nouvel imaginaire, post-historique, mais peut-être aussi un nouveau régime des images, notamment induit par la possibilité de « traverser » toutes les apparences, jusqu’à rencontrer la réversibilité et l’absence de résistance de toute chose, qui se fait jour dans les fictions cinématographiques contemporaines.

« Nous ne croyons plus à ce qui nous arrive »
(Gilles Deleuze)

Apesanteur des corps pris dans les rets des espaces numériques,
apesanteur des perceptions mentales et des points de vue en lévitation,
apesanteur des récits réticulaires, hyperboles rythmées par la répétition
infi nie du même. Ces apesanteurs concernent d’abord les grandes ou
petites formes contemporaines de récits allégoriques, très concentrées
dans le cinéma d’action hollywoodien. Des architectures totalisantes
et spéculatives, mais souvent dépressives, dont Inception (Christopher
Nolan) serait le parfait prototype.

Tout se passe comme si, au coeur même d’une industrie produisant
des images toujours plus labiles et hybrides, le cinéma, par l’effet de
sa puissance technologique avait atteint sa vitesse de libération –
libération des contraintes du tournage et de la matière, substitution au
réel d’une hyperréalité sphérique, dont des récits modulaires et teintés
d’inquiétude seraient les métaphores. Cette dématérialisation, ce défaut
de consistance, pourrait n’être que le pendant de celle des échanges
propre à l’hypercapitalisme : l’évanescence visuelle a tôt fait de se muer
en bulle fantasmagorique, quand la négation des pesanteurs se révèle
être celle des corps vivants et des rapports sociaux.

Le panorama proposé par ce numéro n’a rien d’exhaustif, mais
voudrait tisser des correspondances entre quelques figures orbitales,
sans se priver de sorties hors du territoire américain : des emboîtements
virtuels du Monde sur le fil, où Fassbinder diffracte sa critique politique,
aux toboggans de pixels verts de Matrix, de la lutte éperdue contre
la surveillance généralisée des derniers corps héroïques aux objetspersonnages de la constellation Pixar, du monde cristallin de la série Mad Men à la parabole élégiaque de The Tree of Life ou aux hallucinations chimériques de Donnie Darko (Richard Kelly)…

L’oeuvre singulière de F.J. Ossang, quant à elle, poétise le monde
au lieu de le virtualiser, en nous invitant au voyage. Un laboratoire
d’expérimentations où Chris Marker et William Burroughs croisent
Henri Vernes et la SF de Métal hurlant. Un cinéma en quête de l’énergie
primitive du muet, réactivant la puissance visionnaire d’Eisenstein ou
de Feuillade, à la fois polémique et lyrique – Ossang est aussi poète
et musicien punk. C’est pourquoi nous avons souhaité lui consacrer
un ensemble, comme une belle échappée vers des contrées intenses
et revigorantes.

Dossier F.J. Ossang
L’œuvre de F.J. Ossang est une quête : retrouver la puissance brute du son avec le punk et la musique industrielle, la force visionnaire du mot à travers Burroughs, l’énergie primitive de l’image en revenant au cinéma muet.
Chaque film est un voyage : le Paris « feuilladien » où s’affrontent les sociétés secrètes de L’Affaire des divisions Morituri (1984) ; la terre irradiée du Trésor des îles chiennes (1990), ultime refuge de Nosferat le roi des rats ; l’Amérique du Sud de Docteur Chance (1997), repère d’aventuriers et de trafiquants ; l’île narcotique de Dharma Guns (2011), au point médian de la vie et de la mort, du sommeil et de l’éveil.

En trente ans cinéma, de musique et de poésie, F.J. Ossang a inventé l’un des territoires les plus libres du cinéma, un laboratoire d’expérimentations où Chris Marker et William Burroughs croisent Henri Vernes et la SF punk de Métal hurlant.

Editeur : Lignes-Vertigo
Prix : 17,00 € (disponible)
Format : 16 x 19 cm
Nombre de pages : 128 pages
Date de parution : 24 février 2012
ISBN : 978-2-35526-095-7
EAN : 9782355260957