couverture de BATAILLE COSMIQUE
128 pages - 14,00 €
Éditions Lignes

BATAILLE COSMIQUE

Du système de la nature à la nature de la culture

Étude tout à fait détonante et novatrice, Bataille cosmique, de Cédric Mong-Hy arpente des territoires de l’œuvre de Georges Bataille jusque-là restés entièrement inexplorés. Créditant celui-ci d’un titre supplémentaire : d’interprète inspiré de la science de son temps.

Bataille cosmique est une étude textuelle et contextuelle de l’œuvre de Georges Bataille. Loin des commentaires s’attachant à la question érotique ou à la question mystique, il s’agira ici de s’attarder sur les travaux anthropologiques qui sont ordonnés dans ses textes d’« économie générale » (principalement La Limite de l’utile, L’Économie à la mesure de l’univers et La Part maudite). Une large part de son œuvre est en effet, ce qu’on ne sait pas ou ne dit pas assez, connectée à l’histoire des idées, des sciences et des techniques, et au contexte culturel qui a rendu possible les conditions d’apparition de ses théories. Bataille se retrouve par le fait relié de son vivant aux idées et aux sciences qui façonnent encore aujourd’hui notre société et notre monde.

Sur un mode plus énigmatique qu’explicatif, Georges Bataille a abondamment écrit sur le soleil et la nature solaire de la vie et de l’humain (Sacrifices, L’ Anus solaire, par exemple), faisant du rayonnement de la lumière et du feu non seulement la condition d’une nature vivante et prolifique, mais aussi la condition de l’existence des sociétés organisées et de la culture. « Nous sommes des effets du soleil », écrivait-il par exemple. La portée d’un tel propos n’est pas seulement celle d’un poète — qu’il fut par ailleurs –, elle est aussi et d’abord celle d’un homme hanté par le désir de comprendre le monde physique. Bataille doit pour cela être soustrait à l’image stéréotypée de penseur solitaire, dans laquelle on l’enferme trop souvent encore ; il faut y insister, c’est bien de la science de son temps qu’il a tiré l’originalité a priori sans filiation de ses théories de l’homme et de la nature.

Dès le milieu des années 1930, sous l’impulsion de Georges Ambrosino, un chercheur en physique nucléaire qu’il rencontre alors, et avec lequel il se lie d’amitié, Bataille commence à témoigner de son intérêt profond pour la physique moderne. Grâce à lui, il découvre les bouleversements de celle-ci, lesquels lui permettent d’unifier la diversité des phénomènes naturels en une vision globale de l’homme organique au sein de la matière inorganique. Ambrosino (leur correspondance en témoigne) continuera après guerre à prendre une part déterminante dans cette évolution (au point qu’ils envisagèrent un moment de signer La Part maudite de leurs deux noms). Bataille cosmique explore, inventorie au moins quatre champs scientifiques liés les uns aux autres. L’« économie générale » et nécessairement interdisciplinaire de Bataille y prend sa source ; c’est d’eux qu’elle tire aujourd’hui encore sa vitalité.

Le premier de ces champs est celui de la thermodynamique et de sa notion clé d’énergie. Grâce à l’apport d’Ambrosino, Bataille va découvrir la propriété unificatrice de la physique de l’énergie, ce qui va l’amener à théoriser progressivement, au filtre des lois du cosmos et de la biologie, une « économie » non plus seulement « restreinte » – aux sociétés politiques humaines –, mais « générale » – « à la mesure de l’univers » même où vivent les hommes.

Le second de ces champs est celui des sciences écologiques. Dès les années 1940, Bataille s’appuie sur l’un des fondateurs de l’écologie moderne, l’éminent scientifique soviétique Wladimir Vernadsky ; c’est à partir de lui qu’il place la notion de « biosphère » à la base des lois fondamentales de l’« économie générale ».

Troisième champ : celui des théories de la complexité. Ces théories, qui montrent aujourd’hui leur efficacité dans de nombreuses sciences (les mathématiques, la biologie, la météorologie, la physique, etc.), ont été formalisées pour la première fois à partir des années 1950 par Pierre Teilhard de Chardin et Edgar Morin. Or, c’est dès les années 1930-1940 que les écrits de Bataille laissent transparaître un premier embryon des sciences de la complexité, faisant de lui un précurseur en la matière.

Dernier champ enfin, en réseau avec les autres lui aussi, celui des théories de l’information et de la communication. Ce n’est pas peu dire que notre époque est celle de ces technologies. Nées durant la Seconde Guerre mondiale, elles ont posé les bases d’une définition physique de la culture. Bataille s’est trouvé à la croisée de cette définition et a situé les lois de la nature humaine dans la suite de celles de la nouvelle thermodynamique, écrivant par fragment une réelle cosmogonie des signes et des symboles culturels.

On savait Bataille capable d’écrire et penser aussi en économiste, en anthropologue, etc. On saura dorénavant qu’il prit aussi une part non négligeable à l’élaboration d’une pensée de la science.

En 2012 sera célébré le cinquantenaire
de la disparition de Georges Bataille.

Recension par Ronald Klapka, sur La lettre de la Magdelaine [mai 2012].

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Éditeur : Éditions Lignes
Prix : 14,00 €
Format : 13 x 19 cm
Nombre de pages : 128 pages
Édition courante : 24 mai 2012
ISBN : 978-2-35526-100-8
EAN : 9782355261008