couverture de DE LEROS À LA BORDE
96 pages - 15,00 €
Éditions Lignes

DE LEROS À LA BORDE

Présentation de Marie Depussé, post-scriptum de Jean Oury

De Leros, île grecque abritant un établissement asilaire d’un autre âge qu’il est invité à visiter en 1989, à La Borde, clinique expérimentale où il a rejoint Jean Oury en 1955 et où il tra­vail­lera jusqu’à sa mort (en 1992), Félix Guattari établit ici le bilan de ses années d’activité clinique et théorique.

Dans ce recueil inédit, dont il avait lui-même défini le contenu peu de temps avant sa disparition, il en appelle à une pratique de la cure psychiatrique dans des institutions qui sauraient renouveler leurs instruments et faire preuve, vis-à-vis de leurs patients, d’une créativité comparable à celle de l’artiste. Renou­vellement qu’il souhaiterait voir étendu à d’autres secteurs de la société.

Ouvrage publié en partenariat éditorial avec l’IMEC.

Repères
La psychiatrie a connu de très importantes évolutions
dans la seconde moitié du XXe siècle. L’un des
principaux jalons de cette nouvelle conception de
la folie et de son traitement, dont Michel Foucault
a décrit les évolutions longues dans son Histoire de
la folie, est l’expérience menée pendant la Seconde
guerre mondiale à l’hôpital psychiatrique de Saint
Alban (Lozère). Rompant avec le traitement essentiellement
carcéral réservés aux « fous » jusque-là –
et dont l’hôpital psychiatrique de Leros (situé sur une
île grecque) constitua jusque dans les années 1980
une sorte de survivance intolérable ici décrite par
Guattari –, le professeur Tosquelles inaugure alors
une pratique de soins qu’il nomme « ergothérapie ».
Celle-ci consiste notamment à considérer que les
patients peuvent exercer des activités et s’insérer
dans le tissu social environnant ; que ces activités
et cette insertion sont elles-mêmes le moyen par
lequel des degrés de guérison sont possibles. C’est
à Saint Alban que Jean Oury débutera sa carrière de
praticien.

En 1953, Jean Oury crée la clinique privée de La
Borde, où il mettra en pratique et développera l’expérience
de Saint Alban, ouvrant la voie à une forme
de « psychothérapie institutionnelle » depuis considérée
comme exemplaire. La structure conserve une
taille modeste (moins de 100 malades) ; les patients
sont associés à toutes les tâches relatives au fonctionnement
du lieu. En 1955, Félix Guattari interrompt
ses études de philosophie et vient le rejoindre
pour participer à l’organisation de cette institution
particulière : « En quelques mois, je contribuais ainsi à
la mise en place de multiples instances collectives
… ».

Guattari clinicien
C’est à travers cette pratique, à laquelle Guattari
restera toujours fidèle, qu’il entreprend de penser
l’institution, ou « les équipements collectifs »,
comme des instances de production de subjectivités :
« Ce que nous visions à travers nos multiples systèmes
d’activité et surtout de prise de responsabilité à l’égard
de soi-même et des autres, c’était de se dégager de la
sérialité et de faire que les individus et les groupes
se réapproprient le sens de leur existence dans une
perspective ethique et non plus technocratique.
[...]
La machinerie institutionnelle que nous mettions en
place ne se contentait pas d’opérer un simple remodelage
des subjectivités existantes mais se proposait,
en fait, de produire un nouveau type de subjectivité.
 »
Pour Guattari en effet, le monde et l’altérité avec
lesquels la psychose entre en dialogue ne sont pas
uniquement d’ordre délirant, « ils s’incarnent également
dans l’environnement social et matériel quotidien

 ». Par conséquent, la forme qu’emprunte cet
environnement n’est pas sans effet en retour sur
l’état subjectif des patients.

Portée générale de l’expérience clinique
Dans un sens élargi qui n’est pas sans rappeler Les
Hétérotopies
de Michel Foucault, Guattari en vient à
affirmer que cette invention institutionnelle permanente puisse s’appliquer à la société toute entière : « [...] l’on se prend à rêver de ce que pourrait
devenir la vie dans les ensembles urbains, les écoles,
les hôpitaux, les prisons, etc., si, au lieu de les concevoir
sur le mode de la répétition vide, l’on s’efforçait
de réorienter leur finalité dans le sens d’un re-création
permanente interne.
 »

De Leros a Laborde est accompagné des photographies prises par Joséphine Guattari lors de son séjour à l’ïle de Leros et à l’hôpital Daphni d’Athènes, avec Félix Guattari, en 1989.

Aux Éditions Lignes paraît simultanément Écrits pour l’Anti-Œdipe, recueil agencé et présenté par Stéphane Nadaud.

Cette édition a été établie à partir des archives
Félix Guattari conservées par l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine).

"Guattari, prises multiples", recension par Robert Maggiori dans Libération [19 janvier 2012]

Recension sur Liens Socios [27 février 2012]

Recension sur Mardi ça fait désordre [28 février 2012]

Recension par Jean-Luc Charlot sur Lemonde.fr [5 mars 2012]

François Noudelmann a reçu Marie Depussé à propos du livre de Félix Guattari, De Léros à La Borde, récemment paru aux Nouvelles éditions Lignes, dont elle a assuré la présentation, sur France Culture (février 2012).

Editeur : Éditions Lignes
Prix : 15,00 € (disponible)
Format : 13 x 19 cm
Nombre de pages : 96 pages
Date de parution : 18 janvier 2012
ISBN : 978-2-35526-097-1
EAN : 9782355260971