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couverture de VAINQUEURS/VAINCUS
208 pages - 16,00 €

VAINQUEURS/VAINCUS

Revue Lignes n°08

Le couple « coupable/victime » a presque totalement supplanté le couple « vainqueur/vaincu », ce qui revient à marquer sans doute qu’il n’y a plus de conflits, plus de guerres et donc plus de politiques parce que la « seule politique possible » l’a emporté partout.

Attentat contre le Centre mondial du commerce ; adoption d’une monnaie européenne commune. Simultanément : une guerre « anti-terroriste », l’aggravation de la situation au Proche-Orient, la banqueroute de l’argentine, etc. Comment en parler sans le faire comme cela l’a été à peu près partout ?
Par exemple, en partant d’une constatation mineure. L’a-t-on remarqué, on parle volontiers – volontiers c’est-à-dire souvent – de victimes. On en parle si volontiers, si souvent, qu’on ne parle plus que d’elles (non toutefois sans partager entre elles, et on précise alors : « victimes innocentes »), et l’on ne parle (presque) plus jamais de vaincus.
Est-ce parce qu’il n’y a pas de vaincus innocents ? Ou est-ce parce qu’il appartient aux seuls vainqueurs de l’être ? Il y a donc lieu de le remarquer, le couple « coupable/victime » a presque totalement supplanté le couple « vainqueur/vaincu » (ce qui est fait, en effet, pour qu’il n’y ait d’agresseurs que... coupables).
Ce qui revient à marquer sans doute qu’il n’y a plus de conflits (plus de guerres – il n’y a d’ailleurs pas de « prisonniers de guerre »). Plus de conflits, parce plus de politiques. Plus de politiques parce que la « seule politique possible » l’a emporté partout, et parce que, l’emportant partout, elle n’aurait fait que des vainqueurs (et que ne se tiendraient pour vaincus que ceux qui ne conviendraient pas qu’eux-mêmes l’ont aussi emporté, contre toute apparence).
Et, en effet, il ne peut pas y avoir de vaincus de la misère : seulement des victimes. Et non pas les victimes du trop de marché, mais d’un marché jamais assez réalisé.
Il faut donc en faire la supposition : cette substitution sémantique n’est pas innocente. Elle tend à dissimuler que ce qu’on veut faire passer pour l’unique politique possible n’est ni plus ni moins qu’une guerre. Laquelle se crée les ennemis que toute guerre, même nouvelle, appelle.

 

Sommaire

Présentation 
Alain Badiou, Considérations philosophiques sur quelques faits récents 
Jacques Rancière, Le 11 septembre et après : une rupture de l’ordre symbolique ? 
Alain Brossat, L’inarticulable 
Jean-Luc Nancy, De l’Un et de la hiérarchie 
Yves Dupeux, L’image de la catastrophe (sur les attentats du 11 septembre) 
Pierre-Damien Huyghe, Si la politique est une audience... 
Jean-Louis Déotte, Eléments d’esthétique disparitionniste 
Gilles de Staal, Pourquoi il est urgent d’être incongru ? 
Sophie Wahnich, Terreur révolutionnaire et terrorisme. Rémanence rétinienne et trouble de la vision 
Michel Surya, Figures du rebut humain 
Fethi Benslama, Journal d’un tranquille désespoir, extraits 

Textes recueillis et réunis par Alain Brossat, Jean-Paul Curnier et Michel Surya

 

Directeur : Michel Surya

Comité de rédaction : Mehdi Belhaj Kacem, Fethi Benslama, Alain Brossat, Jean-Paul Curnier, Francis Marmande, Jean-Luc Nancy, Bernard Noël, Jacqueline Risset

Prix : 16,00 € (disponible)
Format : 16 x 21 cm
Nombre de pages : 208 pages
Date de parution : 1er mai 2002
ISBN : 2-914172-41-9
EAN : 9782914172417