couverture de SITUATION DE L'EDITION ET DE LA LIBRAIRIE
208 pages - 17,00 €

SITUATION DE L’EDITION ET DE LA LIBRAIRIE

Revue Lignes n°20

En dépit de la « tendance globalement positive » de l’état des ventes des livres, la crise de la création (littérature, pensée), n’épargne personne, et personne ne peut prétendre l’ignorer. Ce numéro réunit sur ce sujet les contributions des différents acteurs de la chaîne du livre.

L’édition, la librairie se portent mal. Les auteurs le savent, les premiers peut-être, qui se voient de plus en plus souvent opposer par leurs éditeurs des refus assortis de considérations embarrassées (des considérations économiques davantage qu’intellectuelles). Les éditeurs le savent aussi, dont les plus exigeants en sont réduits à ne pas moins « compter » que « lire », refusant sans doute de publier des livres qu’ils ne voudraient pas, mais ne publiant plus tous les livres qu’ils voudraient (non sans céder au passage, peut-être pour rendre possible l’impossible, des parts non négligeables de leurs exigences de principe aux délices empoisonnées de la communication). Les libraires le savent enfin, qui souffrent en bout de chaîne de la prolifération folle du nombre des titres, laquelle est proportionnelle à la désaffection des lecteurs – et il en résulte que la durée de vie des livres n’a jamais été aussi brève, ni le taux des retours aussi considérable, au point qu’il n’y a rien comme la constitution d’un fonds qui paraisse aujourd’hui impossible.
En somme, tout le monde – dans le métier du moins – le sait, en accuse, s’en accuse : la situation se détériore ; la production s’accroît ; le lectorat se raréfie ; la durée de vie des livres s’écourte (un mois maintenant) ; la communication s’impose ; la grande édition abdique une partie des missions dont elle s’enorgueillissait (dupliquant interminablement les grandes œuvres passées) ; à quoi la petite édition remédie tant bien que mal, le tente (publiant ce qu’elle croit constituer les grandes œuvres contemporaines) ; les pouvoirs publics se désengagent toujours plus, qui ne se sont pourtant jamais beaucoup engagés (comparativement à l’art dit vivant, vers qui ont historiquement été leurs faveurs), etc.
À quoi s’ajoute ceci, dont les médias bruissent avec volupté autant qu’avec effroi : les phénomènes de concentration. En réalité, rien d’autre que le mouvement naturel du capital, qui s’est emparé de l’édition après qu’il s’est emparé de la presse, comme il est naturel qu’il s’empare de toutes choses, lui fussent-elles ennemies. A fortiori maintenant que le capital parachève ses fins et qu’il n’y a pas jusqu’à ses antinomies qu’il ne doive convertir aux valeurs qui ont fait son triomphe.
C’est donc l’évidence, l’édition et la librairie se portent mal, tout le monde en convient, excepté les instances censées les représenter, lesquelles déclarent sans désemparer des chiffres d’affaires consolidés, des volumes de vente en augmentation, une situation globalement saine à la fin, dont il n’y aurait pas lieu de s’alarmer, quelque inquiétude que nourrirait, ici ou là, telle ou telle situation particulière. Ces instances, comme la plupart des éditeurs d’ailleurs, ne parlent plus jamais d’œuvres, seulement des résultats de ce qui en tient lieu.
Ce qui en tient lieu, tous secteurs confondus : littérature et philosophie, aussi bien que jeunesse, jardinage, bande dessinée, « bien-être », roman sentimental, etc. Si bien que le fait, à proprement parler irréparable, que la vente des essais, par exemple, ait connu, ces deux seules dernières années, une diminution de ses ventes équivalant à 35 % (Le Monde du 10 février 2006 ), peut ne pas apparaître ou n’apparaître que peu. C’est l’un des points solides et fixes auquel se tient immanquablement quiconque compte : il ne saurait y avoir de différence de nature entre deux objets du même genre (un livre est un livre, un disque un disque, qu’ils ressortissent du savoir ou du divertissement) dès lors que manquent les critères susceptibles de les différencier (dès lors qu’ils ne peuvent être que subjectifs). C’est donc indistinctement qu’il conviendrait de mesurer leur santé.
Nous avons voulu procéder à rebours. C’est-à-dire, nous avons voulu poser la question qu’on s’abstient précautionneusement de poser : celle des livres de création (des livres susceptibles de constituer les fonds de demain). Et les différencier par là des autres, de tous les autres. Et nous l’avons posée à tous ceux qui la posent eux-mêmes, soit par leurs déclarations, soit par leur activité ; la plupart du temps, par les deux à la fois. À des libraires, donc, à des éditeurs aussi, à des critiques enfin. Et il en résulte ceci, qui n’était rien moins que sûr : une indéfectible énergie, un désir d’en découdre ; à la fin l’affirmation d’une volonté, quoi qu’il advienne, de faire que faire des livres – pour que ça lise et ça pense – persiste partout.

 

Sommaire

De l’édition, et de quelques éditeurs

François Boddaert, Grandeur et misère de la petite édition
Jérôme Vidal, Le désir de lire et penser ensemble sur l’avenir de l’édition indépendante
Laurence Viallet, Le sens du poil 
Yves Pagès, L’édition vue du ciel. Cartographie de quelques mutations en cours
Laurent Cauwet, La pratique de l’édition est difficile. Donc possible
Roberto Calasso, L’édition comme genre littéraire

De la critique, et de quelques critiques de celle-ci par les critiques eux-mêmes

Thierry Guichard, Le droit de rêver
Éric Loret, Retour vers le réel. Sur l’art du monde libéral
B. Leclair & C. Kantcheff, La critique impossible ?

De la libraire, et de quelques représentants et libraires

Isabelle Baladine Howald, L’original et le copiste
Laurent Evrard, Les gardiens des livres  
Valérie Martin, La librairie est un sport de combat  
Muriel Bonicel, Bras de fer
Jean-Marc Levent, Portrait du libraire en chien 

Des bibliothèques, des animations, des lectures…

Sylvie Gouttebaron, L’événement en littérature
Richard Figuier, Achat, emprunt ou l’alternative illusoire

Du temps (libéral) qui passe, et de ses ravages

François Maspero, L’édition laminée
Maurice Nadeau, Le reste est littérature
Bernard Noël, Entretien sur la collection Textes  
Hafid Mahfoudi, Les rentrées des lettres !

 

Directeur : Michel Surya
Comité de rédaction : Fethi Benslama, Alain Brossat, Jean-Paul Curnier, Jean-Luc Nancy, Bernard Noël, Jacqueline Risset, Enzo Traverso

Prix : 17,00 € (disponible)
Format : 16 x 21 cm
Nombre de pages : 208 pages
Date de parution : 22 mai 2006
ISBN : 2-84938-060-1
EAN : 9782849380604