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couverture de LES SINGES DE LEUR IDÉAL
68 pages - 13,00 €
Éditions Lignes

LES SINGES DE LEUR IDÉAL

Sur l’usage récent du mot « changement »

De la domination, V

« S’il s’agit d’abord d’ironiser sur le mot "changement" utilisé comme slogan par le candidat socialiste à la présidentielle, c’est surtout de penser notre époque à quoi s’attache l’écrivain-philosophe. Et la penser radicalement en usant de cette langue si particulière qui mélange une forme de préciosité à une implacable logique. » Thierry Guichard, Le Matricule des Anges

L’évidence s’en est imposée, avant même l’issue des « 100 jours » de la présidence de François Hollande : le gouvernement nommé par ses soins allait décevoir jusqu’aux plus raisonnables des espoirs qu’avaient placés en lui les votants de « gauche » (minoritaires dans le pays, comme en attestent les résultats du premier tour). Succédant à une campagne électorale marquée par le (très relatif) désaveu populaire de Nicolas Sarkozy et accompagnée d’une promesse de « changement » et de « normalité » portée par le futur candidat victorieux, les premières mesures gouvernementales s’inscrivirent dans la plus parfaite continuité de celles de son prédécesseur : destruction des camps de Roms et reconduite à la frontière de leurs occupants (Manuel Valls aura même reçu les félicitations publiques du député, patron de presse et fabricant d’armes Serge Dassault à ce sujet), signature sans renégociation du Traité européen de stabilité – cela, sans doute dans le souci de répondre aux exigences des agences de notation –, oubli des principales promesses faites aux Verts, etc., etc.

La totale désillusion qui s’ensuit, aujourd’hui partagée par une majorité, Michel Surya l’essen­tialise en faisant référence à la phrase de Nietzsche qui inspire le titre de ce volume : « Le désillusionné parle. – j’ai cherché des grands hommes, mais je n’ai trouvé que des singes de leur idéal ». De leur idéal supposé ou prétendu, pourrait-on ici ajouter, tant il est peu avéré que nos nouveaux dirigeants en aient eu un. Personnages du divertissement généralisé qui tient lieu de politique, soumis au règne de l’hypercapitalisme et dénués de toute volonté politique véritable, ils soumettent le peuple à une forme d’assujettissement plus profond encore, d’avoir trahi la promesse de l’en délivrer (le slogan « Le changement, c’est maintenant » portait cette promesse).

Où serait le changement, quand on voit que les agences de notations continuer à « noter » les États eux-mêmes, montrant par là quelles règles il s’agit de respecter, et quel maître de servir : « Tout étant en effet devenu par le moyen de l’hypercapitalisme le marché qu’il devait devenir, l’enseignement et la santé aussi dès lors qu’on les aura tout entiers privatisés, de la même façon que les entreprises et les États, rien ne s’opposera plus à leur notation. »

C’est qu’en effet, écrit Michel Surya, dans la veine moraliste qui caractérise chacun des volumes de la série De la domination, et qui, par certains aspects, peut rappeler le Guy Debord d’In girum imus nocte et consumimur igni, la domination est aujourd’hui parfaite :
« L’assujettissement n’est entier qu’à la condition que les partis d’alternance l’assument à tour de rôle, administrant par là la démonstration de sa perfection sans alternative. En quoi la domination est-elle parfaite ? En ayant réduit son alternative à l’état d’illusion. Illusion elle-même parfaite qui veut que pensent voter contre la domination ceux-là mêmes qui la reconduisent à l’identique (ou presque : ses excès exceptés). »

Ses excès : les « manières » du président précédent ; l’essentiel : la domination exercée par l’hyper­­capitalisme, qui prospère sur les ruines de la politique, et peut enfin s’appliquer à tout et à tous.

Autres titres de la série De la domination de Michel Surya :
Le capital, la transparence et les affaires (Farrago, 1999)
De l’argent : la ruine de la politique (Payot, 1999)
Portrait de l’intellectuel en animal de compagnie
(Farrago, 2000)
Portrait de l’intermittent du spectacle en supplétif
de la domination
(Lignes, 2007)

Editeur : Éditions Lignes
Prix : 13,00 € (disponible)
Format : 13 x 19 cm
Nombre de pages : 68 pages
Date de parution : 16 janvier 2013
ISBN : 978-2-35526-117-6
EAN : 9782355261176