couverture de DÉCOMPOSITION/RECOMPOSITION POLITIQUES
192 pages - 19,00 €

DÉCOMPOSITION/RECOMPOSITION POLITIQUES

revue Lignes n°25

Analyse, à froid, de la nouvelle séquence politique issue de la dernière élection présidentielle. Quelle « recomposition » le durcissement de la droite française et la politique dite « d’ouverture » sont-ils susceptibles de provoquer ?

Admettons comme point de départ que Nicolas Sarkozy n’est pas le problème. C’est sans doute un point de départ qui va contre l’évidence. Contre l’évidence dont on nous entretient et dont tout voudrait que nous convenions : Sarkozy serait l’accident d’une histoire, sans lequel tout eût bon an mal an continué son cours progressiste (l’Europe, la démocratie, les droits de l’homme) sinon son cours émancipatoire. Un cours qui justifierait l’hégémonisation et l’homogénéisation du marché mondial comme la démocratie même, réalisée. Qui sait ?

Soit ! Mais en ce cas, comment conviendrait-il d’interpréter les ralliements innombrables auxquels il prête et comment la vieille gauche se montre à ce point incapable de lui opposer quelque alternative que ce soit ?
Pour y voir plus clair, il convient de revenir à la campagne présidentielle de 2007, premier et second tour. Et force est, en ce cas, de reconnaître que la gauche d’alternance, celle incarnée par le parti qui domine la gauche, le parti socialiste, n’a pas fait substantiellement campagne autrement que Sarkozy lui-même l’a faite pour la droite (une droite dure, disait-on déjà – Lignes n’a jamais dit : l’extrême droite, et n’a jamais fait de Sarkozy un proto-fasciste).

En quoi, par exemple ? En ceci que chez l’un et chez l’autre, la revalorisation du travail s’y est dit de la même façon et dans les mêmes termes ; en ceci encore : qu’on ne s’est pas moins voulu répressif d’un côté que de l’autre (l’encadrement militaire des mauvaises pousses – des cités – du marché dudit travail, comme équivalent, d’un côté, de la karchérisation d’icelles, de l’autre). Une violence a été commune aux deux parties/partis qui voulait qu’on fût coupable 1. de ne pas travailler ; qui voulait aussi 2. qu’il n’y eût rien comme travailler pour faire un citoyen ; enfin, syllogisme implicite, qui voulait 3. qu’il n’y eût plus de citoyen que celui qui travaillait (qui prît toute sa part productive de l’effort attendue par le capital – au regard duquel, du reste, ce n’est jamais assez que chacun travaille). Logique absurde, effrénée, faite pour peser sur tout ce qui est fatigué, pauvre et déprimé, pour l’accuser de l’être, pour peser sur tout ce que j’ai déjà appelé dans Lignes, le « rebut » ; ici, le rebus des sociétés capitalistes.

De ceci il faut déduire que le parti socialiste et sa candidate l’eussent-ils emporté, la politique mise en œuvre par eux n’eût pas été substantiellement différente. Courant, comme Sarkozy, après des règles, des réglementations et des réglages qui échappent maintenant à toute politique – qui n’ont de politiques que le nom ; qui sont de part en part économiques (le FMI, la BCE, l’Euro, le dollar, le Medef, etc.)
Il faut donc en déduire :

1. Que Sarkozy est une pure hypostase ni plus ni moins que cela que les organismes boursiers, financiers et patronaux voulaient pour que leurs intérêts fussent assurés au mieux ;

2. Hypostase que Royal a prétendu être, qu’elle pouvait être aussi, sans doute, mais qu’elle n’aurait pu être qu’à la condition qu’elle ne représentât ni n’assurât aucun des intérêts – du tout au tout adverses – pour la défense desquels la gauche s’est historiquement constituée ; 3. Que c’est parce que cette gauche-là le savait qu’elle rejoint aujourd’hui celle des deux hypostases qui l’a emporté.

Il ne s’agit donc pas de penser seulement ce qu’est Sarkozy, que n’importe qui d’autre que lui pourrait être aussi, quand bien même avec une moindre vélocité, ou une moindre férocité ; il s’agit de penser ce qu’est le pouvoir que Sarkozy occupe aujourd’hui, forme symbolique vide que quiconque est en mesure de remplir dès lors qu’il le remplit au bénéfice de ceux pour qui le pouvoir existe symboliquement.

C’est autour de cette idée que ce numéro de Lignes prétend ses construire ; pour, accusant l’un ne pas innocenter l’autre (ou les autres).

Sommaire :

  • Michel Surya, Présentation
  • Alain Brossat, « Élu par cette crapule »
  • Philippe Hauser, Forces politiques et ordre policier
  • Jean-Loup Amselle, Un pôle de radicalité
  • Gérard Bensussan, La politique peut-elle faire événement ?
  • Anselm Jappe, Politique sans politique
  • Yves Dupeux, Politique de la précarité
  • Alain Badiou, « Sarkozy, nous voilà »
    (entretien avec Aude Lancelin)
  • Daniel Bensaïd, Nouvelle période, nouveau programme, nouveau parti
    (entretien avec M. Surya et S. Raimondi)
  • Emmanuel Renault, Le néolibéralisme et sa pensée critique
  • Mehdi Belhaj Kacem, Contingence de l’espèce, contingence du Sujet
  • Jean-Paul Dollé, Une nouvelle période
  • O. Le Cour Grandmaison, Passé colonial et identité nationale
  • Jocelyne Dakhlia, La France dedans dehors
Prix : 19,00 € (disponible)
Format : 16 x 18 cm
Nombre de pages : 192 pages
Date de parution : 14 mars 2008
ISBN : 978-2-35526-008-7
EAN : 9782355260087