couverture de UNE LANGUE A VENIR, DERRIDA, L'ECRITURE HYPERBOLIQUE
192 pages - 15,00 €
Lignes-Léo Scheer

UNE LANGUE A VENIR, DERRIDA, L’ECRITURE HYPERBOLIQUE

L’auteur de Jacques Derrida. Une introduction (Agora Pocket) livre ici une nouvelle analyse de l’œuvre de Jacques Derrida, fondée sur le concept d’écriture. Cette analyse originale fait apparaître une politique de Derrida, portée par la « langue d’écriture » de son œuvre.

La pensée de l’écriture s’est aujourd’hui retirée ; elle a pourtant constitué la plus grande subversion de pensée et de langue à l’âge de Heidegger et de Wittgenstein : un glissement de tout le langage en lui-même hors de lui-même. Cette pensée a produit, sous le nom de Derrida, le travail textuel le plus discret et le plus difficile, et elle contient la promesse d’une langue à venir dans laquelle toutes les alternatives métaphysiques, politiques et éthiques sont désamorcées. Une telle détotalisation et libération du langage n’arrivent qu’à l’écriture et par elle, pour autant que la possibilité de celle-ci est inséparable du surgissement du langage.
 On pourra appeler « littéraire » cette langue de l’écriture qui est obligée de déborder la littérature et d’inscrire en elle ce débordement comme sa chose. En effet, la littérature se remarque elle-même (elle s’inscrit dans son écriture) tout autant qu’elle déborde et passe la littérature. Elle est donc l’écriture de l’écriture, et en même temps l’incomplétude de l’écriture : l’écriture, dans l’écriture, passe l’écriture, mouvement paradoxal d’économie et de retrait. La littérature cherche en ce sens, au-delà du sens et du non-sens, la part muette du langage au-delà de la signification, et Derrida cherche le langage d’avant tout langage – hanté par l’écriture et travaillé par la traduction. L’écriture littéraire débouche ainsi sur la promesse d’une langue silencieuse, ou langue de personne, au cœur du langage. La « responsabilité littéraire » oblige alors l’écriture à transformer les frontières de la langue et celles entre le langagier et le non langagier. Il y va de la portée politique infinie et générale de l’écriture et de sa langue.
L’invention d’une autre langue et d’un autre concept du langage est en effet inséparable d’une toute autre conception de la politique : pas de politique tout autrement sans une langue à venir dans et de l’écriture. Une double injonction commande la responsabilité littéraire de l’écriture : une exigence de justice inconditionnelle et révolutionnaire, ainsi qu’une exigence hyperbolique de démocratie. Le démocratique de la démocratie porte celle-ci au-delà d’elle-même dans un mouvement de transformation historique, juridique, institutionnel, qui fait signe vers un au-delà de l’État-nation, de la souveraineté, de la citoyenneté et de la société.
La langue d’écriture – tout autre « rapport » au tout du langage – cherche un mouvement qui produise une faille, un événement dans toutes les chaînes signifiantes et de signification qui ouvrirait aussi la politique sur un au-delà de ses concepts et de sa langue, par la responsabilité politique à l’égard des vivants comme des morts. Ce qui passe par une tout autre pratique du langage, qui s’écrit mais ne se dit pas : un tremblement et un déplacement d’autant plus puissant et effectif qu’il est inapparent. La liberté de cet autre langage – une langue d’écriture – reste encore méconnue et clandestine, mais aussi bien en réserve d’avenir.

Editeur : Lignes-Léo Scheer
Prix : 15,00 € (disponible)
Format : 13 x 19 cm
Nombre de pages : 192 pages
Date de parution : 12 mai 2006
ISBN : 2-84938-058-X
EAN : 9782849380581