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lettre d'information

couverture de QUELS MATÉRIALISMES ? POUR QUELS MONDES ?
192 pages - 20,00 €
Éditions Lignes

QUELS MATÉRIALISMES ? POUR QUELS MONDES ?

Revue Lignes, n°51

La question est-elle actuelle ? Et est-elle difficile ? Actuelle, elle l’est au plus haut point. Difficile, pas tant qu’il paraît. Sans s’être concertés, la plupart de ceux qui y répondent ici le font de façon subjective davantage que théorique, déplaçant d’emblée l’enjeu. Lui ouvrant par le fait des réponses aussi riches qu’inattendues.

Selon Althusser, le matérialisme ne saurait être conséquent qu’à la condition de se fonder dans la contingence pure, c’est-à-dire : dans l’absence de tout fondement, de toute origine comme de toute fin. Évoquer ce matérialisme aléatoire, comme Althusser l’a désigné, c’est ainsi inviter à penser la conséquence des matérialismes qui se proposent, qui s’évanouissent, ou qu’il s’agit même d’inventer à cette époque qui est la nôtre. À l’ère de l’anthropocène – c’est-à-dire d’un capitalisme industriel dont nul n’ignore plus le caractère globalement destructeur –, et de conflits qui redessinent la carte des rapports de force tout en inventant de nouveaux fronts, la globalisation à laquelle doit se mesurer toute pensée se voulant contemporaine n’exige rien d’autre qu’un matérialisme au moins planétaire. Formule qu’on mettra tout de suite en rapport avec « l’économie à l’échelle de l’univers » de Bataille, pour que s’y profilent deux dimensions matériellement incontournables : d’abord le bas (hétérogénéité de la matière toujours déliquescente), ensuite l’énergie (de sa surabondance solaire à la fin de celle-ci, en passant par ce proche avenir dans lequel nous entrons déjà d’antagonismes politiques violents fomentés par les appropriations inégales de sa valeur).

Dans ce contexte, nos formes de guerre (version économique comprise) et de surveillance extra-étatiques quasi légales recoupent la surface de la planète selon des réseaux mobiles non moins machiniques qu’idéologiques et meurtriers, grâce en partie à une prothétisation chirurgicale et commerciale des corps humains et autres qui, pour n’avoir rien de nouveau, n’en est pas moins en plein essor historique. (Il n’y a pas jusqu’à la misère la plus pauvre qui ne s’articule dorénavant à l’échelle du cosmos, ou de ce qui en tient lieu.) Nourrissant ces réalisations technologiques, les manipulations génétiques et épigénétiques posent à nouveaux frais le rapport forme-substance, pendant que les neurosciences proposent une compréhension du cerveau face à laquelle le vieux couple corps-esprit peut sembler définitivement périmé.

Quels sont les pensées, les pratiques, les modes d’existence de la matière ici à l’œuvre ? Quels sont ceux qu’ils auront remplacés, par quelles luttes, à l’avantage de qui ou de quoi ? Surtout peut-être : quelles pensées, quelles pratiques, quels modes d’existence convient-il maintenant d’inventer ? Philosophies de la technologie, du numérique, « nouveaux matérialismes », ontologies « orientées vers l’objet » répondent tous déjà à ces questions ; quelles réponses nouvelles faut-il y ajouter, voire
y opposer ?

Numéro pensé et conçu par
Martin Crowley & Michel Surya

Textes de : Anne Alombert, Jean-Hugues Barthélémy, Véronique Bergen, Martin Crowley, Sophie Gosselin, Catherine Malabou, Boyan Manchev, Jean-Luc Nancy, Frédéric Neyrat, Bernard Stiegler.

Editeur : Éditions Lignes
Prix : 20,00 € (à paraître)
Format : 16 x 19 cm
Nombre de pages : 192 pages
Date de parution : 14 octobre 2016
ISBN : 978-2-35526-161-9
EAN : 9782355261619