couverture de LA MAL-NÉE
96 pages - 12,00 €
Éditions Lignes

LA MAL-NÉE

Traduit de l’allemand (Autriche) par François Mat

« Redécouverte dans son pays dans les années 1980, grâce notamment à Thomas Bernhard, [Christine Lavant] apparaît de plus en plus aujourd’hui comme l’une des voix les plus fortes de la littérature autrichienne d’après-guerre. » (Éric Loret, Libération)

« Avec sa pauvreté extrême et son âme torturée par le doute, Christine Lavant a cousu une auréole poétique à notre malheur de vivre. » (Christine Lecerf, L’Humanité)
Zitha – c’est ainsi qu’on l’appelle les rares fois qu’un nom lui est donné – est sans aucun doute une sœur de la pathétique héroïne de Das Kind, le premier des livres (et admirable) de Christine Lavant traduit en français (et publié par Lignes).
Elle est aussi une sœur de Christine Lavant elle-même, ce dont il n’y a pas lieu de s’étonner tant, chez elle, l’existence et la littérature sont indissociables, ce dont elle nous avait prévenus : « La véritable histoire de ma survie ou plutôt les images en miroir de moi-même, vous les trouverez plus ou moins mises en magie ou en poésie dans mes livres. »
On le notera une fois pour toutes, Lavant ne dit pas, comme aurait dit n’importe quel écrivain : « La véritable histoire de ma vie », mais : « La véritable histoire de ma survie » (nous soulignons). Parce qu’il aura fallu à Christine Lavant survivre où il suffit à la plupart de vivre. Parce qu’elle est née dans de telles conditions, déplorables, et a souffert de tant de maux, affreux, que ce ne fut pas vivre pour elle d’aller du moment où elle est née à celui où elle est morte – mais survivre en effet. Et c’est de cette survie qu’elle a tiré de tels livres, qui émeuvent à ce point, un point rare, non pas d’une émotion de convention, mais d’une émotion hissée à hauteur d’art, l’un des plus rares qui soit.
La Mal-née, Zitha, est une bâtarde ; muette, tout le livre le dit ; demeurée, il le laisse longtemps imaginer. On ne la hait pas pour autant, on ne l’humilie pas (ou à peine plus que les enfants le sont souvent) ; elle est même aimée des petits et des grands que son monde minuscule mais inaccessible touche (un monde fait de joies furtives entre d’infinies désolations).
Qu’elle touche du moins jusqu’à ce que le prétendant de sa mère réactive auprès d’elle la vieille légende carinthienne des « changeons », monstres nés des amours des génies des eaux, et que ceux-ci échangent subrepticement à la naissance avec les enfants des hommes. De tels monstres, ne peut venir que le malheur, répand la légende. En réalité, si malheur il y a, c’est sur la Mal-née, sur le changeon que serait la Mal-née, qu’il va s’abattre. Elle doit être au moins battue (neuf fois), au pire noyée – ainsi que la légende l’exige pour que cesse la malédiction. En fait de malédiction, la seule réelle, celle qu’il va falloir à cet enfant endurer, cessera bien en effet, et avec sa mort, mais non sans que se superpose à l’archaïsme de la légende la réparation (la rédemption ?) due aux figures pures de l’innocence et de l’idiotie.
La Mal-née n’est pas moins admirable que Das Kind. Et le monde qu’il décrit, pas moins tragique. Mais la même étrange lumière baigne ces deux récits, qui ne doit rien au récit lui-même, désespéré, mais à la grâce – une grâce enfantine.
En 1988, Thomas Bernhard, écrivait, à propos des textes de Christine Lavant : « C’est le témoignage élémentaire d’un être abusé par tous les bons esprits, sous la forme d’une grande œuvre poétique que le monde n’a pas encore reconnue à sa juste valeur ». Christine Lavant, dont nous préparons l’édition des œuvres poétiques complètes, est en passe d’acquérir en France la stature majeure qui lui revient.
Editeur : Éditions Lignes
Prix : 12,00 € (disponible)
Format : 11 x 18 cm
Nombre de pages : 96 pages
Date de parution : 18 janvier 2008
ISBN : 978-2-35526-006-3
EAN : 9782355260063